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…Pascal PERRINEAU, politologue, professeur des universités à Sciences Po Paris : « Aucune institution représentative ne bénéficie d’un soutien aussi élevé que la commune »

21/06/2016

À l’occasion du Congrès des maires de France, vous avez présenté les résultats d’un sondage sur l’attachement des français aux collectivités territoriales et à l’avenir de la commune. Quels en sont les principaux enseignements ?

Notre enquête est menée sur un échantillon de plus de 20.000 Français, que nous interrogeons régulièrement jusqu’à l’élection présidentielle de 2017 avec IPSOS pour le CEVIPOF, le Centre d’études de la vie politique française. Nous avons posé deux questions sur l’attachement des Français à la commune et sur l’avenir de cette collectivité. C’est un véritable plébiscite. Les trois quarts des Français expriment un attachement fort à la commune, beaucoup plus qu’à tous les autres niveaux de collectivités territoriales. À l’heure où un grand nombre d’institutions font l’objet d’un profond discrédit auquel la commune échappe, cet attachement est général et intergénérationnel, jeunes et personnes âgées. Tous les milieux sociaux plébiscitent la commune, c’est le bien de tous, pas de querelles des anciens et des modernes. Le niveau d’attachement est aussi le même pour les Français de naissance que pour les Français par acquisition, ce qui montre la force intégrative de la commune. La commune fait patrie. Tous les territoires, ruraux ou urbains, connaissent un même niveau d’attachement à la commune. Quand on veut toucher à cette institution, il faut être prudent. Les réformes brutales et qui viennent d’en haut sont rejetées. Cet attachement ne signifie pas que les Français sont complètement rétifs à toute évolution. Ils veulent que les communes gardent leurs compétences de proximité (deux tiers des Français) et quand ils se prononcent en faveur d’une réforme, ils veulent une réforme bâtie non pas sur le mouvement d’en haut, comme la réforme régionale, mais pour une réforme qui vient d’en bas comme celle de la commune nouvelle.

Vous avez participé aux débats du Congrès des maires et vous avez entendu leurs inquiétudes, voire leur angoisse. Comment cela fait-il écho à vos travaux ?

Ce qui devrait rassurer les maires, c’est qu’ils ont leurs concitoyens derrière eux. Aucune institution représentative ne bénéficie d’un soutien aussi élevé que la commune, ni le département, ni la région, ni l’intercommunalité, ni la nation ou le supranational européen. Et pourtant, la commune fait l’objet de nombreuses menaces. La commune fait sens dans une période où le sentiment d’appartenance est en train de se déliter. Elle a encore une double dimension de proximité et de protection. Pour autant, les maires ne sont pas allergiques aux processus de réforme. D’ailleurs, ils mettent en œuvre des réformes tous les jours. Mais les réformes s’empilent et elles sont devenues illisibles. Celles venues d’en haut n’associent pas le peuple d’en bas dont les maires sont les représentants au premier rang. Je suis assez préoccupé de l’évolution à venir. Les lois sont faites par des législateurs, et notamment par l’Assemblée nationale qui a le dernier mot. Les législateurs sont de plus en plus coupés du tissu local et la fin prochaine du cumul des mandats local national ne va pas dans le bon sens. Il y a là un risque majeur. Il faudra peut-être revenir un jour sur cette coupure qu’on ne cesse d’accentuer entre le monde des élus locaux et le monde de ceux qui font la loi.

Quel regard portez-vous sur l’évolution de l’intercommunalité ?

J’observe l’évolution de l’intercommunalité et j’estime qu’il faut éviter le gigantisme. Pratiquons le L, le XL peut-être, mais pas le XXL. On accentue le problème majeur qui est l’éloignement du pouvoir, un pouvoir anonyme et bureaucratique. Les Français n’en veulent pas. Je crains que dans les bureaux des ministères, on travaille sur des réformes qui ne vont pas soigner le malaise démocratique mais qui vont l’accentuer. Il faut dire stop. Pour l’observateur que je suis, citoyen engagé aussi, il y a là quelque chose d’extrêmement troublant. On ne fait pas tomber la fièvre comme cela. Les indicateurs du malaise de la démocratie ne sont plus à l’orange, ils sont passés au rouge. L’enjeu local est décisif pour les Français. Pour eux, l’essentiel c’est le local.