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La mutation forcée de la Poste et ses fragilités persistantes

15/12/2016

La Cour des comptes vient de publier un important rapport sur le groupe La Poste, deuxième employeur public de France avec plus de 250.000 salariés. Il montre les défis que l’entreprise publique doit relever : La Poste incarne toujours un service public présent sur tout le territoire grâce à deux réseaux majeurs : celui des points de contact (plus de 17.000, dont 9.149 bureaux de poste) et la distribution à domicile (plus de 72.000 facteurs distribuant le courrier dans 39 millions de boîtes aux lettres, six jours par semaine alors que l’activité courrier ne cesse de décroître. La Poste exerce ses activités dans des domaines divers (banque, courrier, colis, téléphonie mobile…). Elle continue à se diversifier pour trouver des relais de croissance mais la Cour des comptes s’interroge sur les fragilités persistantes du groupe et appelle à une accélération nécessaire des réformes.
 
Avec le déclin continu des volumes de courrier, l'entreprise publique perd chaque année 500 millions d'euros de chiffre d'affaires, alors que la majorité de ses coûts sont fixes. Malgré cela, la rentabilité du groupe est restée stable. L’entreprise dégage chaque année des résultats d’exploitation positifs et stables mais, depuis 2013, ceux-ci proviennent en partie du crédit d’impôt compétitivité emploi, dont La Poste est le premier bénéficiaire.

Les magistrats de la Cour des comptes estiment que la complexité des relations sociales au sein de l’entreprise rend délicate la recherche du bon équilibre entre le rythme des transformations et le maintien d’un climat social satisfaisant. La qualité de service du courrier et du colis peut être améliorée, et les retards pris dans le développement de services numériques performants et destinés à tous les publics seront longs à combler.
 
Selon la Cour, La Poste a surestimé sa capacité à retrouver des résultats d’un niveau égal ou supérieur à ceux qui étaient les siens avant la crise financière ; elle a même, pendant un temps, sous-estimé l’ampleur de la baisse des volumes du courrier. Des facteurs de risque menacent aujourd’hui la réalisation des objectifs que l’entreprise s’est fixés pour la période 2014-2020. Il ne peut être exclu en effet que la baisse des volumes du courrier s’accélère, alors que l’augmentation du prix du timbre, qui a largement compensé jusqu’à présent la baisse des volumes, ne peut pas se poursuivre indéfiniment. Par ailleurs, la concurrence très vive sur le marché du colis tire les prix vers le bas et oblige à une amélioration constante de la qualité du service. En outre, le niveau exceptionnellement bas des taux d’intérêt entraîne un important manque à gagner pour La Banque Postale. Enfin, l’activité numérique ne dégage pas encore de résultats financiers et les nouveaux services proposés par les facteurs, notamment en direction des personnes âgées, ne sont qu’en phase de développement.

Dans ce contexte, La Poste doit accélérer sa mutation : réduire ses coûts en rationalisant son organisation et sa gestion ; poursuivre la baisse des effectifs et maîtriser l’évolution des rémunérations ; optimiser le périmètre et la structure des deux grands réseaux que forment les bureaux de postes et la distribution. Les magistrats financiers recommandent notamment que le développement des “points de contact en partenariat“ soit poursuivi en milieu rural et “résolument mis en œuvre en zone urbaine“.