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Thierry APOTHELOZ, maire de Vernier (Suisse), président de l'Association des communes genevoises : « La démocratie participative ne remplace pas la démocratie représentative mais elle la complète »

10/02/2017

Avec 35.000 habitants, Vernier dont vous êtes élu est la deuxième commune la plus peuplée du canton de Genève. Lors des Rencontres de l’ODAS, à Angers le 2 février, vous avez témoigné des actions de démocratie participative mises en oeuvre dans votre ville et notamment des “contrats de quartier“. De quoi s’agit-il ?

Notre commune a le plus fort taux de chômage des communes du canton de Genève. Un habitant sur cinq perçoit des prestations sociales et 47 % sont des étrangers. Il y a 70 % de binationaux. C’est dans ce contexte que, depuis 2005, nous avons souhaité développer des projets d’utilité collective avec les habitants, les “contrats de quartier“, pour renforcer le lien social et permettre aux habitants de s’engager sur des projets locaux concrets. Je précise toutefois que, pour moi, la démocratie participative ne remplace pas la démocratie représentative mais elle la complète. Au moins une fois par an, nous réunissons des assemblées de quartier – un quartier ayant un maximum de 6.000 habitants. Lors de ces assemblées, les habitants peuvent faire des propositions et rédiger des fiches projet sur ce qu’ils souhaitent voir mettre en oeuvre. Un groupe de citoyens, issus de tous les milieux, étudie ces fiches et sélectionne les projets qui sont ensuite soumis à un comité de pilotage composé à parité de représentants de la société civile et de représentants des groupes politiques de notre commune. Le comité dispose d’une enveloppe de l’équivalent de 40.000 euros affectés aux projets des habitants. En dix ans, il n’y a pas de projet qui n’ait reçu l’accord du comité.

Quels types de projet sont menés par les habitants et qu’est-ce-que cela change ?

Cela va de choses très simples comme l’installation d’une rampe dans une pente jusqu’à l’organisation d’une patinoire d’hiver complètement gérée par les habitants. Ce qui est important, c’est la réactivité et la rapidité de mise en oeuvre. Au début, l’administration communale s’est sentie bousculée mais aujourd’hui, elle a l’habitude de la concertation et du travail avec les habitants. Il est très important que les gens s’approprient leur territoire, on crée ainsi une autre gestion de l’espace public. Il ne faut pas avoir peur de donner du pouvoirs aux habitants qui sont, de fait, des experts du quotidien. Ils connaissent bien mieux leur quartier que ne pourra jamais le faire l’administration. Cela a aussi un effet très positif sur la gestion des conflits, on respecte davantage ce qui a été voulu par les habitants.
Je constate que cela a rapproché l’administration et les élus avec la population grâce aux rencontres régulières que cela provoque. Mais pour que cela marche, il faut un portage politique fort et, en même temps, une des clés de la réussite pour l’élu, c’est l’humilité. Cela fait dix ans que nous pratiquons les contrats de quartier. C’est très important de renouveler les participants, de mobiliser les jeunes, d’utiliser les réseaux sociaux pour que tout le monde soit concerné. Les effets positifs sont au rendez-vous : en dix ans, le sentiment d’insécurité a baissé de moitié dans notre commune.