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Claire Edey Gamassou, maître de conférences en sciences de gestion, Université Paris-Est Créteil Val de Marne : « Des contraintes spécifiques aux fonctionnaires territoriaux »

21/06/2017

Vos travaux portent sur le management public, la santé au travail, le comportement organisationnel et vous venez de publier un article* qui bat en brèche les stéréotypes sur les fonctionnaires territoriaux. Selon vous, ils ne sont pas moins exposés aux maux et souffrances au travail que les autres salariés. Pourquoi ?

L’idée reçue selon laquelle les fonctionnaires ne seraient pas sujets aux mêmes maux que les autres travailleurs reposent sur un lien supposé entre sécurité de l’emploi et une forme de confort au travail. Or, la sécurité de l’emploi n’est qu’un élément des conditions de travail parmi d’autres, et les déterminants du bien être ou de la souffrance n’en dépendent pas forcément. Le travail des agents est également soumis à des contraintes, des exigences, qui entrent en interaction avec les ressources dont ils disposent et avec leurs propres conceptions de leurs missions et de la qualité de leur travail.                                                          

Y a-t-il des facteurs aggravants propres aux fonctionnaires territoriaux ?

La double hiérarchie politique et administrative est une source potentielle d’injonctions contradictoires et de mises sous tension des agents, en particulier dans les communes et plus généralement pour les agents en contact avec le public. Par ailleurs, il existe des contraintes spécifiques à la mobilité et donc à la progression de carrières (statut, quotas de promotion, concours,…) qui peuvent générer un plafonnement des carrières et peuvent être ressentis comme un blocage. L’invisibilité de ces agents, perçus par le public comme privilégiés, et de leur éventuelle souffrance est en soi un facteur aggravant ; nombre d’agents n’osent pas parler de leurs difficultés à cause de l’image dégradée des fonctionnaires véhiculée par certains médias et responsables politiques. 

Qu’est-ce qui fait tenir les agents territoriaux et quelles sont les pistes d’amélioration ?

La conscience d’être au service du public, et souvent des plus démunis, et de contribuer à nourrir du lien social ou à un mieux être constitue une source de satisfaction de nombreux agents. Aussi longtemps qu’ils partagent ce sentiment d’utilité, et à condition qu’ils ressentent un sentiment d’efficacité dans leur travail, les agents seront, au moins pour partie, protégés du syndrome d’épuisement professionnel. Le management joue un rôle important en matière de prévention primaire des risques psychosociaux, c’est-à-dire d’actions sur les causes, identifiées dans le rapport Gollac (2011). Sa capacité à fixer des objectifs clairs et à permettre des échanges sur la façon de les atteindre est essentielle, la communication – de visu et dans les deux sens – joue un rôle primordial. Les ressources – humaines, techniques, … – dont disposent les agents sont bien sûr déterminantes de leur perception de leur propre capacité à mener à bien les missions qui leur sont confiées. Aux côtés des relations avec la hiérarchie, la qualité des relations entre collègues a aussi sa place. Faciliter une dynamique collective peut constituer un facteur de prévention des maux du travail. 

* Les fonctionnaires territoriaux, tous fainéants, vraiment ? The Conversation, juin 2017.