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Anthony Requin, directeur général de l'Agence France Trésor : « J’essaie de convaincre les investisseurs que la France est un bon risque »

26/09/2017

Auditionné par la Commission des finances de l’Assemblée nationale, le 20 septembre 2017, Anthony Requin, directeur général de l'Agence France Trésor a présenté aux députés l’activité de l’agence et ses priorités.

« Aujourd’hui, nous bénéficions d’une notation stable pour la première fois depuis décembre 2011 auprès des quatre grandes agences qui sont reconnues par l’Eurosystème dont trois agences qui nous donnent un rating de AA  et un agence qui nous donne un rating AAA », a rappelé le directeur général.

La dette française est une dette qui voit intervenir 10 à 15 milliards d’euros de transactions chaque jour. « Les besoins de l’État sont caractérisés par deux grandes lignes, le refinancement de la dette qui arrive à maturité et le financement du déficit budgétaire », a expliqué Anthony Requin : « C’est 187 milliards d’euros pour cette année où nous avons déjà émis un programme de 144 milliards d’euros ;le taux d’exécution est donc à 80 %, comparable aux années précédentes ».

Quels sont les grands sujets pour le court et moyen terme de l'Agence France Trésor? « J’en vois trois. Le premier est  la manière dont nous allons faire face à la remontée attendue des taux d’intérêt. Le deuxième est la taille du programme de financement ; nous entrons dans une phase où il faudra refinancer les montants importants qui avaient été émis lors de la crise financière et il faudrait parallèlement que le déficit budgétaire soit sous contrôle et, si possible, en sens inverse pour pouvoir stabiliser le montant total des dettes émises. Le troisième enjeu est celui du rating, de la notation attachée à la France qui est aujourd’hui stabilisée, mais à quel horizon ? Si la réduction du déficit se poursuit et si les réformes sont engagées, à quel horizon peut-on obtenir un rehaussement de la notation de la France et retrouver la notation AAA qui est toujours celle de notre grand voisin l’Allemagne aujourd’hui ? « , est interrogé le directeur général de l'Agence France Trésor

Répondant aux questions des députés, il a indiqué que « la charge de la dette avait été prévue en loi de finances initiale à 41,8 milliards d’euros et elle a été un peu révisée à la hausse au moment du programme de stabilité à 42,4 milliards pour tenir compte de la hausse des taux. L’évolution des taux a été plutôt favorable. Après être monté jusqu’à 1,15 % les taux à dix ans au mois de février, sont redescendus à des niveaux beaucoup plus faibles et aujourd’hui, ils sont autour de 0,70 %. Nous procéderons à un affinement budgétaire au moment de la loi de finances et de la loi de finances rectificative ».

Quel est le risque que présente une forte remontée des taux ? « S’agissant des risques sur l’évolution des taux d’intérêt, nous menons de analyses de sensibilité sur ce que pourrait produire une augmentation de 100 points de base sur la courbe des taux », a indiqué Anthony Requin, « ce serait indolore la première année puisque seuls les prêts à court terme sont concernés mais, au fur et à mesure du renouvellement du stock de dette, la charge de la dette augmenterait. On commence à 2,1 milliards de coûts supplémentaires pour terminer à plus de 20 milliards au bout de dix ans. C’est une hausse qui peut facilement effrayer mais il faut avoir en tête d’autres éléments. Il y a deux situations différentes : une augmentation parce que la croissance est plus élevée et que l’inflation repart et dans cette situation favorable les recettes de l’État vont aussi réagir immédiatement à ce contexte avec plus de recettes fiscales. Mais il y a une autre configuration qui est moins favorable, c’est celle où l’augmentation des taux ne résulte pas d’une amélioration de la conjoncture économique mais de l’augmentation du risque de crédit sur notre dette ».

Aux députés qui l’interrogeaient sur la détention de la dette par des prêteurs étrangers, Anthony Requin a répondu qu’ « au delà de la qualité de résident ou non résident, il faut regarder la composition institutionnelle de la dette. Il n’est pas gênant d’avoir 60 % de la dette détenue par des non résidents parce que la composition de plus de 50 % est détenue par des banques centrales qui sont attirées par des caractéristiques de crédit, même quand les taux d’intérêt sont très bas. Ce ne sont pas des gens à qui le papier va brûler les mais et qui au moindre nuage vont se mettre à jeter de la dette sur les marchés. Bien sûr, si c’étaient des hedgefunds, je ne ferais pas la même réponse. Il faut vraiment mener ce travail d’analyse de la nature des détenteurs pour mesurer le facteur de fragilité. Pour nous, c’est une force d’avoir une base d’investisseurs de banquiers centraux ».

« La France est-elle en faillite ? », a demandé un député. « Je ne reprendrai pas cette expression à mon compte », a répondu Anthony Requin, « parce que j’essaie de convaincre les investisseurs que la France est un bon risque et qu’ils ont intérêt à investir dans la dette française. Il faut se référer à la métrique et, plus que le ratio de la dette sur le PIB, à sa trajectoire. C’est la trajectoire qui détermine la solvabilité d’un pays et nous n’avons aucun problème à nous financer. Nous n’avons aucun problème à partir du moment où nous pouvons démontrer que les déficits se réduisent, que la trajectoire est sous contrôle et s’infléchit ».

« Faut-il rembourser la dette ? », s’est interrogé un député. « Un État n’a pas vocation à rembourser sa dette, il la roule, il la refinance. C’est ce que font tous les grands États mais il faut montrer que la dynamique d’endettement est sous contrôle », a précisé Anthony Requin, pour cette première audition de la législature.